Jouer aux jeux vidéo comme on utilise TikTok
La crise de l’attention finit-elle par porter atteinte à l’économie de l’attention elle-même ?
Hier, j’ai observé un phénomène qui m’était jusque-là inconnu :
L’effet de la crise de l’attention sur les jeux vidéo (et non l’effet des jeux vidéo sur la crise de l’attention).
L’enfant de 10-12 ans assis à côté de moi dans un vol de 3 heures a dû jouer à une centaine de jeux différents, les uns à la suite des autres, sans transitions, du décollage à l’atterrissage.
Le temps moyen dédié à chaque jeu n’excédait pas les 2 minutes. Parfois il y jouait comme on zappe sur des vidéos de TikTok : 8-10 secondes par jeu, les uns à la suite des autres.
Quand le steward est venu lui demander ce qu’il souhaitait boire, il a dû s’y reprendre à quatre fois pour que l’enfant ne finisse par balbutier « Apple juice », sans détourner le regard de son smartphone.
De l’autre côté, un père scotché (pour le coup, avec une rare persévérance) sur un solitaire sur son smartphone pendant les 3 heures de vol.
Rarement n’ai-je eu une perception aussi violente de la maltraitance numérique.
Mais maltraitance de la part de qui ? Sans réduire à néant la responsabilité individuelle, la plupart de ces parents –tout comme ceux qui posent directement un smartphone dans la poussette de leur bébé– ne sont sans doute pas conscients de la magnitude de l’impact d’un open-bar numérique.
Et quand bien même : peut-on faire payer aux enfants un tribut aussi lourd pour la négligence de leurs parents ?
Face à des technologies conçues pour être irrésistibles, en particulier pour un cerveau d’enfant ou d’adolescent, existe-t-il encore un doute sur le cadre bien plus strict que l’État doit poser pour protéger les mineurs dans ce domaine ?
Cela fait pourtant des années que les dégâts profonds causés par les smartphones ou les réseaux sociaux sur le neurodéveloppement, la santé psychologique, la sédentarité, etc. sont reconnus scientifiquement et font les gros titres… mais on continue de sacrifier une bonne partie de micro-générations, les unes après les autres.
C’est injuste pour eux. Ils nous en voudront.
En France, ils en voudront sans doute au Conseil constitutionnel d’avoir censuré une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans sous prétexte de porter atteinte à la liberté d’expression – alors qu’il s’agit justement de préserver leur liberté.
Est-ce qu’on porte atteinte à la liberté de mouvement quand on interdit aux mineurs d’entrer dans un casino ?
Cette réflexion vous a-t-elle intéressé ?
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