« Charte de l'IA » à l'entrée au collège. Vraiment ?
Mon fils a fait sa rentrée en 6ème cette semaine et revient à la maison avec cette “Charte de l’IA” où l'on apprend notamment que “l’IA est en outil qui aide à réfléchir”.
Des documents similaires sont-ils distribués dans tous les collèges ?
C'est atterrant. J’en ai surligné quelques points mais pratiquement chaque phrase mériterait de l'être.
Commençons par ce qui n’est pas sur cette page : en gros, on demande à des enfants de 10-11 ans de “faire un bon usage de l’IA”.
Le présupposé, donc, est qu’ils auront la capacité de distinguer par eux-mêmes entre ce qui relève d’une assistance où ils demeureront aux manettes et une délégation cognitive excessive.
Sachant que cela est déjà difficile à 40 ans, croit-on sérieusement que des pré-adolescents seront en mesure d’exercer leur jugement de cette façon ?
Car la réalité est bien sûr plus complexe. On navigue souvent dans une zone grise et l’IA ouvre une spirale dans laquelle un début de délégation en invite à davantage.
Selon cette charte, c’est OK de demander à l’IA de l’aide pour “comprendre”, “s’entraîner”, “chercher” ou “s’améliorer”. Les exemples sont frappants : “faire du brainstorming, “trouver des axes de réflexion”, etc.
Ce n'était pas justement pour apprendre à penser par soi-même qu’on allait à l'école ? Et pour interagir avec d’autres, notamment ses professeurs, pour “clarifier un concept” si besoin.
“Tu as 11 ans et tu n’as pas compris une notion enseignée en cours ? Demande à l’IA au lieu d’oser le dire à ton prof ou à tes camarades. D'ailleurs, demandez-lui chacun dans votre coin.”
Ne corrigez pas non plus vos fautes de syntaxe, l’IA s’en charge pour vous.
Du moment que vous déclarez votre usage, c’est honnête, c’est bon.
On appréciera tout de même la petite note sur la sobriété énergique en bas de page. Pour info, une requête à l’aide de l’IA consomme en moyenne 200 fois plus d'énergie qu’une recherche normale sur internet (et infiniment plus que de consulter un manuel).
Ces tentatives de “poser un cadre”, “car l’IA est là pour rester”, pourraient être touchantes de naïveté si on ne faisait pas face à un défi d'une telle ampleur, notamment cognitif, psychologique et relationnel.
Les voitures sont aussi là pour rester et permettent d’aller beaucoup plus vite. Ce n’est pas pour ça qu’on laisse les mineurs conduire.
Les calculatrices sont très pratiques. Qu'est-ce qu'elles calculent vite... mais il ne viendrait à l'esprit de personne de les donner à des élèves de CP qui apprennent tout juste à faire des additions et soustractions.
Pour l'IA au collège, c'est pareil.
Parfois, la limite à poser, c’est juste une ligne rouge avant un certain âge, en l'occurence incontestablement, plus élevé que celui des élèves de 6ème.
L'école ne peut pas légitimer cette dérive vers une sédentarité cognitive alors même que les muscles nécessaires pour construire sa propre réflexion ne sont pas formés.
Cette réflexion vous a-t-elle intéressé ?
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